Interviews

« L’Accessibilité peut se définir comme l’élimination des barrières physiques et sociales, susceptibles de limiter une personne dans ses activités de tous les jours.

En ce sens, l’accessibilité ne vise pas uniquement à répondre aux besoins des personnes handicapées.
Savez-vous que plus de 30% de la population française sont concernés, à des degrés divers, par un ou des handicaps permanents ou temporaires et se trouvent donc limités dans leurs déplacements quotidiens, à l’accès de services ou à la pratique d’activités ?

Chacun d’entre nous, à cause d’une maladie, d’un accident ou du vieillissement, peut être confronté à ce problème d’accessibilité aux lieux de vie, de façon momentanée ou durable. Allons-nous laisser cette carence continuer à détériorer notre vie quotidienne ?
Cette question donne son sens à l’engagement d’Accès Universel, association 1901, qui trouve son fondement dans la loi du 11 Février 2005 sur l’égalité des chances.

Nous savons que le parcours est difficile, mais tout doit être tenté pour éduquer le public, changer et améliorer le cadre de vie afin que l’accessibilité devienne un chemin de liberté. Aussi, je vous invite à nous rejoindre afin d’échanger et d’inventer des solutions nouvelles dans chaque domaine de la vie courante.
C’est d’abord une question de volonté et non uniquement de moyens. L’accessibilité nous concerne tous.
Laissons à nos enfants des lieux de vie accessibles pour chacun d’entre eux. »

Roland Dreyfus
Président de l’Association Accès Universel

 

Faire aujourd’hui des bâtiments économisant matière et énergie selon les principes du développement durable est certes un objectif louable, mais faut-il en oublier pour autant que les  bâtiments ont comme vocation première de pouvoir être  utilisés  de manière conviviale par leurs visiteurs ou leurs occupants. Et leur accessibilité, bien loin d’être une contrainte, devrait être considérée comme une qualité d’usage essentielle des lieux de vie !

Pour rendre les bâtiments plus accessibles, il n’est pas forcément nécessaire de s’engager dans une inflation des coûts et des budgets. Il existe des solutions simples, par exemple des revêtements de sol  de texture différente devant la porte d’un ascenseur pour en faciliter le repérage par les malvoyants, ou encore des calepinages, des formes ou  des coloris ad’ hoc des revêtements de sols, les portes et les murs  pour assister les déficients mentaux. Cessons de croire que toutes les solutions passent par la création de gammes de produits spécifiques de prix élevés : beaucoup de solutions n’exigent que l’adaptation intelligente de solutions existantes. Est-il vraiment coûteux de faire des contrôle-commandes avec de gros boutons et des affichages clairs avec des fonctionnalités réduites ? Et je suis sûr que beaucoup de personnes dites en pleine possession de leurs moyens auraient plaisir à ne plus se battre avec des commandes à 40 fonctionnalités plus inintelligibles les unes que les autres !

Tout le monde pourrait profiter de ces petits aménagements de confort. Raisonnons l’accessibilité comme une marque de confort. Les responsables de transport et  de sociétés de services ont travaillé sur  une meilleure accessibilité de leurs guichets physiques ou virtuels,  et expérimentent de nouvelles conceptions de lieux de transit et  salles d’attente. Nos promoteurs commencent à penser qu’un argument de vente associant des critères d’accessibilité devient porteur. Des progrès sont réels, il reste néanmoins beaucoup à faire.  Les services en ligne oublient encore trop souvent que leur site est peu lisible,  que les temporisations sont beaucoup trop courtes pour un grand nombre d’utilisateurs, sans parler de ceux qui ont une lecture ou une écriture difficile. Continuons de développer des interfaces de produits en ligne pour mal voyants, malentendants …

L’accessibilité n’est pas seulement pour les handicapés en fauteuil roulant. Certes il  faut des rampes d’accès, des largeurs de porte idoines, des ascenseurs, des salles de bain équipées, mais n’oublions pas la mère de famille faisant ses courses avec une poussette, ou tout simplement la personne vieillissante qui commence à avoir des difficultés de déplacement, ils ont aussi des besoins quotidiens et nos aménagements pensent rarement à eux. Nos pistes cyclables, nos couloirs d’autobus, nos voies de trams sont autant de dangers pour le malvoyant, le sourd que pour toutes les personnes âgées. Et que dire des reflets et de l’absence de repérage de nombreux atriums à façades vitrées? Ils sont pour beaucoup des raisons de panique et de désorientation totale.

Un large champ de développement s’ouvreaussi bien pour ce qui concerne le cadre bâti que pour les services immatériels: il consiste à intégrer des préoccupations d’accessibilité au stade de  la conception même du projet , qu’il soit matériel ou immatériel, qu’il concerne un produit ou un ouvrage. C’est ce que recouvrent peu ou prou les appellations du type «Universal design», «Design inclusif»,,«Liberté sans barrière», «Architecture pour tous», «Environnement adapté». Tous ces termes ont en commun la prise en compte de la qualité d’usage.

Ceci dit, soyons provocateur jusqu’au bout, faire de l’accessibilité, ce n’est pas se résoudre à faire laid. Ce n’est pas forcément mettre des verrues sur nos sites historiques, ce n’est pas transformer nos logements en hôpitaux d’hier, alors même que les hôpitaux d’aujourd’hui font de gros efforts d’aménagement pour apparaître plus conviviaux. Il n’y a pas de fatalité à la laideur.

Une  interrogations majeure est  l’équilibre à trouverentre solutions adaptées , souvent fixes ou adaptables,  faisant appel  à des  éléments  de type mobilier  ou fourniture  propres  à l’occupant?  Pour ma part, je milite fortement pour que, hormis les basiques que sont les dimensions des ouvrages, l’éclairage, …  il soit envisagé des conceptions privilégiant la flexibilité, entre autres des solutions facilement démontables, qui pourront aisément répondre à l’évolution des besoins et qui seront  facilement «maintenables». Ce dernier point est rarement pris en compte alors même qu’une personne déficiente a généralement des difficultés pour ce qui concerne l’entretien de ses espaces de vie, par exemple le nettoyage  des seuils de fenêtres,ou des siphons de sol.

Les problématiques sont nombreuses, les solutions  encore trop peu nombreuses. Et souvent mal connues  ou trop sectorisées. C’est pourquoi nous avons  réuni dans un colloque de deux jours des personnes d’horizons très différents, susceptibles d’apporter chacun un point de vue, une pratique et des expériences concrètes.

Trois volontés majeures ont guidé notre proposition de colloque :